The Priests : Amazing Grace

Ils ont débarqué à Saint-Maurice jeudi soir, en provenance de leur Irlande du Nord natale. « Ils », ce sont les frères Eugene et Martin O’Hagan, et leur ami d’enfance David Delargy, plus connus sous leur nom de scène: The Priests. Leur premier album éponyme, sorti en 2008, est rapidement devenu disque d’or ou de platine dans de nombreux pays – pourtant, le succès ne leur est manifestement pas monté à la tête: ils font profiter les plus démunis des fruits de leur succès musical, et sont restés très simples. Preuve en est leur désir de loger au sein de la communauté des chanoines de l’Abbaye durant leur séjour en Agaune.

Si les 300 personnes présentes dans la Basilique pour leur concert samedi 7 octobre dernier se souviendront de leur venue en Valais, l’inverse est vrai également. Emmenés notamment par Claudine Duroux, Présidente du Choeur-Mixte de St-Maurice et fan de la première heure, ils sont partis vendredi à la découverte de nos montagnes, empruntant le Verticalp pour se rendre au spectaculaire barrage d’Emosson. Grâce à Katia Thiévent, ils découvrirent également le trésor de l’Abbaye en rentrant de leur excursion.

Mais revenons au but premier de leur visite en Suisse, qui n’est point touristique mais musical: le concert de samedi, qui s’inscrit dans le programme du festival « Exulta Gracia », mis sur pied par le Choeur-Mixte pour son 100e anniversaire. Sur les coups de 20h, leurs voix graves et puissantes font vibrer les vénérables piliers de pierre de la Basilique, et les coeurs des auditeurs. L’encart publicitaire promettait « des voix d’anges », mais ce n’est pas comme cela que l’on imagine les créatures célestes chanter, sans quoi nous les entendrions d’ici-bas. Par contre, il y a réellement quelque chose de divin dans leurs harmonies.

Après deux pièces en latin (Laudamus Te et Benedictus), ils enchainent avec trois oeuvres en langue anglaise: Morning Has Broken, Amazing Grace – titre qui représenterait bien la soirée – et Lift Thine Eyes, qui raconte l’histoire de trois anges envoyés par Dieu au prophète Elie pour lui redonner courage et confiance. Je vous laisse faire le parallèle. Puis place à un solo de Ruth McGinley, la brillante pianiste qui accompagne The Priests depuis une douzaine d’année – Charles Barbier, qui introduit les pièces avec brio, nous apprend qu’à 16 ans elle participa à la finale du prix BBC Young Musician of the Year, et nous ne sommes pas surpris à entendre l’oeuvre de Chopin qu’elle interprète (Nocture in Eb).

Après un Ave Maria attendu, la suite se révèle surprenante par sa diversité: Lord of The Dance (une chanson au rythme pour le moins entraînant écrite par Sydney Carter sur une mélodie des Shakers américains), Eleanor Rigby (surprenante reprise du tube des Beatles, qui raconte la solitude des autres parmi nous), When You Believe (rendu célèbre par Whitney Houston et Mariah Carey pour la bande originale du film « Le Prince d’Egypte ») ou encore Hacia Belen, une pièce espagnole qui raconte une histoire de chocolat volé, de couches du petit Jésus disparues et d’un chapeau rongé par un mulet – je n’ai pas tout saisi, mais c’est en tout cas l’occasion pour les prêtres de démontrer leur talent de mime et de confirmer qu’ils ont beaucoup d’humour et de malice sous leur costume austère.

La seconde partie du programme nous emmène chez eux, en Irlande, île animée par la foi et la fête, mais qui porte également beaucoup de cicatrices (Ag Criost an Siol en irlandais, Cliffs of Dooneen, le traditionnel Danny Boy). On se croit presque au pub un instant lorsque frère Eugene sort sa flûte sur Phil The Fluther’s Ball et que ses compères font la ronde en se tenant par les coudes. Le Sacré reprend sa place, avec King of Kings, première pièce composée par The Priests et Ave Verum. Pour finir sur You Raise Me Up (« Tu me relèves ») et les applaudissements nourris du public, qui, bien inspiré par les paroles de la chanson, se lève pour une standing ovation méritée.

Laisser un commentaire